5 illustratrices du moyen-orient à connaître absolument

Qu'elles viennent de Turquie ou du Liban, cinq femmes artistes qui ont choisi l'illustration nous parlent de leur philosophie et de leurs expériences pour faire avancer l'art et l'industrie de leurs pays d'origine.

CYNTHIA MERHEJ

« Mes plus vieux souvenirs de l’art ne sont pas liés à ce qui pourrait être décrit comme de l’art. J’ai grandi à Beyrouth dans un climat de reconstruction, c’était un nouveau départ. L’accès à l’art était limité. Mais je pense plus aux choses qui m’intéressaient et qui provoquaient en moi une réaction viscérale, que ce soit les illustrations dans les livres, les petites animations sur MTV, la façon dont ma mère s’habillait ou encore les détails architecturaux d'un bâtiment. Le Moyen-Orient évoque un ensemble de pays différents au sein desquels les femmes affrontent des réalités très variées. À Beyrouth je suis exposée à une réalité unique qui peut paraître très absurde, je peux me retrouver dans des situations que personne ne vivra jamais ailleurs. Au final je prends tout cela avec beaucoup d’humour – je pense que c’est ma façon de réagir à l’absurdité. Quand tu viens d’un petit endroit comme celui-ci, avec une population plus ou moins homogène, cela te donne plus de motivation pour t’en sortir et découvrir le reste du monde, pour créer tes propres plateformes d’expression, parce que cela peut parfois être étouffant. » 

SENA

« Mes illustrations sont très féminines, figuratives, explicites et provocantes. Istanbul est mon essence. Mais je dois reconnaître qu'il n'est pas simple de vivre ici, particulièrement en tant que femme. Et encore plus en tant que femme artiste travaillant sur la nudité et la politique ! Vivre au Moyen-Orient offre une perspective différente sur la politique et la religion. La Turquie est une mosaïque de cultures aux racines différentes, culturellement et économiquement, ce qui rend ce pays très riche. Il y a tant à voir et à apprendre. L’Anatolie et la Mésopotamie ont toujours été des routes commerciales très importantes entre l’Asie et l’Europe et elles le sont toujours. Cette zone a connu un nombre incroyable d’Empire et de villes. C’est très condensé et compliqué mais en même temps très beau et très riche. Après avoir vécu avec la Charia lorsque j’étais jeune en Arabie Saoudite puis grandi dans un pays laïque comme la Turquie, je suis aujourd’hui consciente de l’importance des droits des femmes. Mon travail se concentre sur des problèmes comme l’abus, le mariage des enfants, le viol, les « crimes d’honneur », le mariage forcé, le corps de la femme, la nudité, les déformations politiques, le chamanisme, la science, la nature, l’amour, la géométrie et la vie de tous les jours. Le sujet le plus important selon moi est l’énergie. Ce que je ne peux pas voir mais que je peux ressentir. J’essaie toujours de creuser et de tenter de comprendre les systèmes implicites… Peu importe comment vous l’appelez, tout n’est pas visible mais on sait tous qu’il y a bien plus que ce que l’on voit. »

NOUR L. FLAYHAN

« Je suis née aux Etats-Unis, puis mes parents ont déménagé au Koweït où j’ai passé une enfance incroyable. J’ai du sang libanais et le Liban a une place particulière dans mon cœur, les gens sont magiques et plein de vie là-bas. Ici, au Koweït, la culture est très riche, j’en retombe amoureuse jour après jour. Je suis inspirée par les artistes que je rencontre et qui ont tous un passé très différent les uns des autres, je suis inspirée par la vieille ville, la communauté indienne, j’ai une grande obsession pour la communauté indienne, les films, la nourriture, l’art, l’architecture, l’histoire, le textile et la religion. J’ai vécu à Londres pendant huit ans – ce qui m’a fait apprécier encore plus la terre où j’ai grandi, parce que j’ai réalisé que c’est ce qui m’avait forgé. Mon héritage et les traditions ont une véritable influence sur moi, les gens étaient tellement fascinés et j’étais très contente de pouvoir partager cela avec eux. En rentrant chez moi au Moyen-Orient, j’étais fière de pouvoir partager cette nouvelle perspective. J’ai été bouleversée par les diverses luttes menées par les femmes, des luttes que je n’avais jamais vues ou expérimentées, après avoir visité la Jordanie. J’ai eu envie d’en parler avec d’autres femmes partout dans le monde et je l’ai fait à travers de petites animations. Je suis privilégiée, j’ai la chance de pouvoir m’exprimer pour dialoguer avec les femmes au Moyen-Orient et dans le reste du monde, nous avons toutes une vie et des difficultés ou des privilèges différents, mais ensemble nous avons une voix importante. »

IDIL KEYSAN

« J’admire les œuvres d’art de la Renaissance et les personnages mythologiques : je dessine généralement des silhouettes féminines en m'inspirant de cette iconographie. Alors que les travaux d’origine ont l’air très sérieux, les miens sont très enfantins. À 9 ans j’ai dessiné pour la première fois ma mère, elle était allongée, cela ressemblait beaucoup aux personnages féminins d’Egon Schiele. J’ai toujours aimé dessiner le corps de la femme et retranscrire la féminité, la condition de la femme est le principal sujet de conflit en Turquie. Je dessine des femmes nues et ce n’est pas une coïncidence – je choisis simplement de dessiner les femmes et leur corps nus pour protester contre les mentalités patriarcales et conservatrices encore majoritaires dans mon pays. Ma mère et mon père sont aussi artistes et ils ont fait de moi quelqu’un de très ouvert d’esprit, mais mes grands-parents, comme 50% de la société, ont une approche conservatrice de la vie. Ce qui m’empêche de montrer ma véritable personnalité et d’être moi-même, à travers mes dessins. Une autre raison pour laquelle je me concentre sur la beauté de la femme est que je suis pour la célébration de la sexualité féminine. Célébrer la sensibilité féminine face à tous les problèmes, tous les sujets. Célébrer le fait que la sensibilité n’est pas une faiblesse mais un pouvoir. »

MARGA PATTERSON

« En général, on voit la totalité du corps de mes personnages féminins et ils sont parfois âgés. Mon esthétique est très expressive, j’utilise des lignes fluides qui communiquent le mouvement, le sentiment, et possèdent une qualité narrative. L’énergie émotive de mes traits représente bien mon style. Je suis turque de cœur, même si je suis née et j’ai été élevée aux Etats-Unis. À New York j’ai étudié le dessin à la Arts Students League avec Costa Vavagiakis qui m’a encouragé à développer mon propre style plutôt que vivre et créer à travers le sien. Vivre dans un petit village entouré de nature alimente mon inspiration. Je suis dehors tous les jours et j’explore les forêts et les ruines aux alentours. Je m’inspire aussi de ma communauté. La connaissance et l’appréciation de la nature par la communauté m’apprend de nouvelles façons de voir et de vivre la vie. Le fait d’être une femme et une artiste vivant au Moyen-Orient influence mes pratiques et m’encourage à explorer en profondeur ma voix d’artiste. Je partage mon travail le plus possible, je collabore avec d’autres femmes artistes, on échange nos idées et on se supporte. Je me sens aussi forcée de faire un art qui reflète mon amour pour la Turquie et qui génère un intérêt positif pour le pays. Les thèmes avec lesquels je traite son la culture turque, la danse, la nature et l’imaginaire. Je dépeins régulièrement des personnages féminins dans mon travail. C’est important pour moi parce que je veux partager mon soutien à la condition féminine partout dans le monde, je veux exprimer la beauté de tous les corps et de tous les âges. La féminité c’est accepter sa personne. Ne pas avoir peur de prendre des risques ou de s’exprimer. Avoir conscience de l’humanité de chacun. Il faut valoriser les autres pour être fort. »


Cette Semaine

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just a second

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Fascinée par le pouvoir de subversion de la pratique taxidermiste, Harriet Horton entend bien renverser les stéréotypes qui collent à cette pratique. 

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