leçon d'indiscipline avec la danseuse ellen van schuylenburch

La danseuse iconoclaste et visionnaire Ellen Van Schuylenburch nous donne quelques conseils pour s'en sortir dans le milieu de l'art – et danser sa vie. 

Ne vous fiez pas aux apparences. Si Ellen Van Schuylenburch a l’air douce et calme, la danseuse vit tout intensément, avec une passion presque incandescente. Elle a rejoint très tôt le Dans Theater, prestigieuse institution hollandaise, et appris des plus grands chorégraphes – dont Merce Cunningham – et dansé aux côtés des danseurs les plus adoubés à l’instar de Michael Clark, son partenaire dans la pièce dansée conceptuelle, New Puritans. Déambulant dans un univers conventionnel, Ellen trimballe son androgynie avec une aisance presque déconcertante. Pour en arriver là, la danseuse a dû batailler dur. Elle nous livre ses plus précieux conseils pour réussir et se faire confiance.

"La danse, comme toute passion, est une formidable échappatoire au quotidien."

Dévotion, discipline, évasion

La danse, comme toute passion, est une formidable échappatoire au quotidien. Pour en faire sa vie, il faut s’en donner les moyens. La danse est ma passion, ma raison d'être. Elle libère des endorphines et me rend toute extatique. C’est un sentiment très doux, très beau. Pour devenir danseur professionnel, il faut apprendre à être égoïste, à ne penser qu’à soi – car votre vie ne sera plus que danse, discipline et dévouement. Quand j'ai commencé ma carrière aux Pays-Bas, je n'avais qu'une envie : rejoindre la compagnie de mes rêves, la plus prestigieuse. Mais je me suis vite aperçue qu'il fallait se fondre dans le moule, chose qui m'était bien étrangère et difficile. La vérité, c'est que je n'ai jamais voulu danser que pour un chorégraphe : Merce Cunningham. C'est ce que j'ai fait. Je me rappelle d'un spectacle de sa compagnie, filmé en 1970. Je suis tombée amoureuse. Et je le suis toujours. 

Ouverture d'esprit 

Ce spectacle que j'ai vu a été ma révélation – c'était un chaos sublime. Un spectacle dont la bande-son était réalisée par John Cage. Il était dans le public et tirait à l'aide d'un pistolet. C'était un parti-pris esthétique très visionnaire, une autre manière de percevoir la danse et la musique. Merce Cunningham était sur un vélo, elle exécutait des tours sur la scène avant de se mettre à danser. C'était si beau. J'ai tout de suite demandé à mon maître de ballet de me faire partir pour New York. Nous étions en 1978 et je n'avais aucune idée de ce que représentait l'autre continent. Je n'avais jamais grandi que dans ma petite ville natale. En arrivant à New York, j'ai enfin pu être celle que j'avais toujours voulu être. Merce analysait tout de votre façon de bouger, d'être, de ressentir – elle faisait attention à chaque détail dans l'espace. 

Laisser aller

Je suis devenue célèbre sans vraiment m'en apercevoir – je vivais dans la Bowery à New York, juste au-dessus d'un petit magasin de spiritueux. Nous étions trois danseuses et un musicien dans l'appartement. Quelqu'un m'a appelé et m'a demandé de me rendre à un casting pour un clip vidéo. La chanteuse s'appelait Cyndi Lauper. C'était pour son titre Girls Just Wanna Have Fun. Il fallait avoir un look “East Village” et surtout, savoir danser. Je me suis rendue à l'audition, j'ai appris la chorégraphie et j'ai eu le job ! Cyndi était vraiment adorable et elle nous prêtait ses vêtements pour qu'on lui ressemble à l'image. C'est devenu un hit, il passait en boucle sur MTV. Partout où j'allais, les gens me reconnaissaient et me chantaient la chanson. 

Savoir s’entourer

J'ai rencontré Michael Clark à Londres – j'ai dansé Dance Umbrella – au studio de Merce Cunningham et nous sommes tout de suite devenus amis. On aimait les mêmes groupes, et surtout The Fall. Quand je suis arrivée à Londres, en 1983, Michael m'a demandé d'être son duo – j'ai dit oui, évidemment. Nous avons commencé à répéter mais je n’avais pas de chez moi donc je passais mon temps chez Michael, à Westbourne Park. J'avais très peu de sous à l'époque. Leigh Bowery a conçu les costumes, Jeffery Hinton a filmé le spectacle New Puritan, notre spectacle à lui et moi. Michael m'a demandé de rester à Londres, j'y ai réfléchi un peu et puis j'ai accepté. Il m'a présenté à tous ses amis, Leigh, Trojan, et d'autres artistes comme Angus Cook et Cerith Wynn Evans. On formait une petite bande, très soudée et solidaire. J'ai dansé avec Michael comme partenaire jusqu'en 1990 et j'ai recommencé en 2009 à l'occasion de Swamp. Il est fascinant de remarquer à quel point l'œuvre de Michael s'imprégnait de sa vie intime et personnelle. Elle était à l'image de la constellation artistique que nous formions, à l'époque – on était heureux ensemble, si vivants ! On disait oui à tout ce que Michael proposait et ça marchait toujours. Bon, les critiques ne l'aimaient pas toujours mais ça allait. Ils lui mettaient des bâtons dans les roues. Et on continuait, l'air de rien. 

"J'ai choisi de prendre la tangente, de me rebeller contre un système patriarcal qui attendait de moi que je me marie, que je reste à la maison et que je fonde une famille."

Accepter d'être imprudent 

J'ai choisi de prendre la tangente, de me rebeller contre un système patriarcal qui attendait de moi que je me marie, que je reste à la maison et que je fonde une famille. Je n'ai jamais voulu de ça – les hommes et les femmes devraient être traités à égal. Je hais les hommes misogynes – ça me rend dingue. Je suis heureuse de la vie que j'ai menée, d'avoir fait ce que je voulais. J'ai 62 ans. En tant que danseuse, j'ai cette contradiction en moi : je suis douce et malléable mais je brûle tout au fond de moi, de courage et d'ardeur. On le remarque chez certaines personnes : elles ont l'air vulnérable mais regorgent d'une force cachée, indomptable. PJ Harvey est ce genre de personne. Elle fait ce qui lui semble juste, droit, important. Comme elle, on m'a appris à franchir les barrières, à faire ce qui était interdit. Si Michael m'a choisi comme partenaire, c'est d'une part parce que j'avais dansé avec Merce Cunningham mais aussi et surtout parce que j’avais les cheveux courts. J'étais ambivalente, un peu garçon manqué. Je me suis mise dans la peau d'un homme qui danse. J'écoutais du rock et j'étais passionné d'art. J'aurais tout donné, tout abandonné pour l'art. Tout. 

S'accepter et s'imposer 

Mon professeur de danse ne s'est jamais interposé. Il me suggérait et me soufflait des idées mais il n'a jamais essayé de m'influencer, de me détourner de ce que je considérais important, essentiel, beau. La seule chose qui compte, en danse comme dans l'art en général, c'est d'être soi-même, d'y rester fidèle. La danse fait partie de moi. elle fera partie de moi jusqu'au dernier instant. Il faut y croire et ne jamais rien lâcher. 

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