la version féministe du punk s’appelle skinny girl diet

Elles font partie de la même famille, s’appellent Delilah, Ursula et Amelia, font de la musique et ont un message à transmettre à toutes les filles du monde : aimez-vous. 

Petite, vous est-il arrivé d’inventer un groupe de musique avec votre sœur et votre cousine ?  D’aller puiser votre inspiration dans les icônes punk et Viv Albertine ? D’avoir des idées politiques et féministes ? De questionner la misogynie de l’industrie musicale ? De contribuer à l’organisation d’une exposition d’envergure pour sensibiliser le monde à l’excision ? De figurer dans le top 20 Billboard des groupes à suivre absolument  et de parler ouvertement de votre vécu, de vos émotions, de vos sentiments dans une chanson punk de 3 minutes ? Moi non. Mais les filles de Skinny Girl Diet, oui.

Le nom de votre groupe intrigue. De mon côté, je considère que le culte de la minceur est néfaste au développement des jeunes filles… Qu’est-ce qui vous a poussé à vous battre contre ce phénomène sociétal ?

Ursula: les standards et les canons de beauté qu’impose notre société mythifient la beauté et nous en sommes conscientes dès le plus jeune âge. Je me rappelle d’un jour où Delilah et moi avons acheté un Action Man dans un magasin. On devait avoir six ou spet ans à l’époque et un petit garçon qui nous regardaient s’est exclamé, “Vous n’avez pas le droit d’acheter ça, les Barbies sont de l’autre côté." Nous pensons qu’il est primordial de combattre les idéaux de notre société car ils véhiculent une image fantasmée de la femme. Il en va de même pour les hommes à qui l’on renvoie de plus en plus l’image d’un macho bodybuildé dont les émotions n’ont pas droit de cité et sont par conséquent réprimées. Admettons qu’un enfant, quelque soit son background ou son genre, nous voit et prenne conscience de son désir de rejeter ces normes, d’écouter du punk et d’être libre, alors nous serons heureuses. L’art est un outil qui permet d’évoquer certaines problématiques sociétales tout en faisant entendre les voix de ceux qui sont tues.

D’où vient votre engagement et en quoi est-il un moteur créatif ?

Delilah : J’ai compris il y a peu que la vie était trop courte pour accepter de vivre caché. Il faut parler des choses tant qu’on le peut.

Ursula : Nous avons été éduquées comme ça. Nos parents nous ont appris à faire attention à ce qui se passait autour de nous, à nous soulever et nous indigner. Lorsqu’on n’est pas au clair avec soi-même, ni conscient des choses qui nuisent aux autres dans le monde, on s’inscrit dans la même lignée que ceux qui créent les problèmes.

Amelia : Si tu ne te soulèves pas contre ce qui te nuit, tu es complice. Si nous ne nous soulevons pas pour dire ce que nous pensons, rien ne changera jamais. Je pense qu’il est plus difficile mais aussi plus gratifiant d’être intègre. 

Quelles sont les problématiques sociétales qui vous touchent particulièrement et dont vous parlez dans vos chansons ?

Delilah : Nous ne sommes pas un groupe engagé au sens propre du terme, disons plutôt que nous relatons à travers nos chansons, les expériences que nous vivons au quotidien. Nous en rencontrons tous et nous avons pris le parti d’en parler. Nous créons pour ne pas sombrer dans la folie. Peu de groupes admettent publiquement faire ce que nous faisons et c’est pourquoi les journalistes disent généralement de nous que nous faisons de la musique engagée. Nous sommes sincères et non pas à la merci des hommes. 

Qui espérez-vous toucher ?

Delilah : J’espère que ceux qui, comme nous, se définissent comme des misfits, ont peur de ne pas êtres entendus, se retrouveront dans nos paroles.

Quelle est votre approche de la féminité et comment l’incorporez-vous à votre musique ?

Ursula : La féminité est un fardeau que l’on porte toutes dès que notre poitrine commence à pousser. Vous pouvez embrasser cette féminité, l’accepter ou la rejeter. À mes yeux, Angela Davis et Poison Ivy sont de grandes inspirations car elles utilisent leur intelligence et leur féminité comme armes de destruction massives. La féminité se distille dans notre vécu, nos expériences et émotions. Nous sommes très raccord ensemble et les sensations viennent naturellement compléter nos chansons.

Amelia : Je pense qu’il n’est pas simple de prendre du recul sur sa propre expérience. Elles font partie intégrante de ta vie, te construisent et se ressentent dans ta musique. Le plus important est d’exulter, de trouver une échappatoire à la colère. Parler, communiquer, se confier.

Est-ce une démarche un peu punk ? Et si oui, a-t-elle du sens en 2016 ?

Amelia : C’est évidemment toujours possible d’être punk, même si ce mot est un peu galvaudé. Le punk a évolué, il ne s’agit pas d’un style vestimentaire. Etre punk en 2016, c’est faire ce qu’on veut et ce qu’on aime, sans se soucier de ce qu’en pensent les autres. D’être intègre.

À quels stéréotypes vous confrontez-vous au quotidien ?

Delilah : Il n’est pas facile d’être une artiste femme – les gens, particulièrement dans l’industrie de la musique, regardent d’abord votre look et votre tête avant d’écouter votre musique. J’aime défier les stéréotypes, les préjugés de certains bien que je me prenne des murs, parfois. Mais il faut persévérer, y croire et conjurer ses peurs.

Vous faites pratiquement tout vous-même. Pourquoi ? Les limites sont plus simples à franchir quand vous vous les imposez vous-même ?

Delilah : Je pense que c’est un mélange de choses. C’est très libérateur de se lever le matin et de choisir ce qu’on va faire de sa journée, une vidéo, de la peinture, de la musique. Tout est organique et demande de la discipline – les finances ne sont pas toujours au beau fixe, la vision créative qu’on veut déployer n’est pas toujours à la hauteur de nos espérances mais on apprend à régler les choses par soi-même. C’est ce qui nous différencie des autres groupes, je crois. Ça nous fait toujours un peu rire quand les groupes signés dans des labels essaient de copier notre état d’esprit alors qu’ils ont plein d‘outils à disposition mais beaucoup moins d’idées, au final.

Ursula : Notre manager, c’est notre père. Si on veut voyager, faire un tournée dans un autre pays, c’est la tournée précédente qui paie notre voyage. C’est assez jouissif d’être indépendante tout en sachant que si tu fais une bêtise, tu ne peux t’en prendre qu’à toi-même. Nous sommes libres de créer ce qu’on veut, sans que personne ne vienne nous dire que ce n’est pas bien. C’est libérateur.

On parle très souvent des problèmes que rencontrent les femmes dans la musique. Mais il y a bien des avantages, non ?

Amelia : On est heureuses de faire les choses bien en faisant les choses qu’on aime. On pourrait croire qu’un groupe exclusivement féminin est en soi un symbole engagé et politique par essence mais ce qui importe, c’est qu’on parvienne à toucher et inspirer les jeunes femmes partout dans le monde.

Croyez-vous à l’engagement artistique sur Instagram ? Que pensez-vous de cette culture de l’instantané et de l’image ?

Delilah : Je pense que les choses sont en train de changer, il existe de tout sur Instagram : ceux qui font semblant et s’emparent des choses parce qu’elles sont tendance, ceux qui sont sincères. C’est un peu bizarre mais j’ai vraiment de la compassion pour les gens qui font les choses parce qu’on leur a dit que c’était cool. J’espère qu’un jour ils se réveilleront en pensant à ce qu’ils veulent faire de leur vie. Vraiment.

Ursula : Il faut lancer sa révolution, la réalité sera de plus en plus virtuelle à mes yeux mais au 21ème siècle il est important d’avoir un pied dedans et un pied dehors pour transmettre un message et toucher les gens.

Amelia : Aujourd’hui, c’est beaucoup plus simple de faire partie d’un mouvement, tout est plus accessible. Internet permet à n’importe qui d’appartenir à une communauté, de se faire entendre. C’est sans doute frustrant pour certains qui croient à l’activisme d’avant mais la technologie aura au moins permis à certains de s’engager. Ce n’est pas une mauvaise chose en soi.

Au fond, quel message souhaitez-vous transmettre aux filles et femmes qui vous écoutent ?

Delilah : Aime-toi et accepte-toi, nous comprenons et entendons ta colère.

Ursula : Pouvoir. Tu as le pouvoir de tout faire et tout dire, qui que tu sois et d’où que tu viennes. Si ça ne convient pas à la société, tu fais sans doute quelque chose d’important et peut-être de juste.

Amelia : Je veux que les femmes se sentent capables de s’émanciper, de prendre un instrument et de faire ce qu’elles aiment vraiment sans qu’elles se soucient du regard des autres.

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