avec celles qui font des hits

Elles ont écrit pour One direction ou Kylie Minogue : celles dont la plume ne cesse d'inspirer les plus grandes pop stars reviennent sur leur processus créatif et les émotions nécessaires à la fabrication d'un hit. 

Comme la plupart des adolescents grincheux nés dans les nineties, j’ai écouté Alanis Morissette, Dawson’s Creek et Prozac Nation en boucle. Le reste du temps, j’écrivais de la poésie de comptoir dans un carnet que je parsemais de dessins émo suintant le mal de vivre et le spleen de la jeunesse. L’idée de parvenir à raconter mes expériences – étant donné mon impression persistante d’être incomprise à l’époque – à les retranscrire de manière artistique, ne m’a effleuré l’esprit que très tard. C’est sans doute pour cette raison que mon souhait de devenir musicienne s’est doublé d’une volonté de coucher mes angoisses sur le papier. J’espérais que je serai authentique en empruntant cette voie, en suivant celle de ceux qui sont parvenus, un jour, à retransmettre leurs émotions dans des hits et des tubes pop. Y-a-t-il une recette magique ? Et à quel point les musiciens parviennent-ils à se libérer du pragmatisme quotidien, à renouer avec leurs sens et leur instinct pour créer un nouvel espace de communication universelle ? Mais surtout, par quel miracle les phrases qui leur passent par la tête quand ils sont à la cool dans leur bain, ressurgissent dans de magnifiques chansons douces ?

Hannah Robinson est une des plus grandes pop stars d’Angleterre. C’est à elle qu’on doit l’écriture de quelques hits de Kylie Minogue, Say Lou Lou, et surtout, de Some Girls qu’interprète Rachel Stevens. Pour Hannah, les sens et surtout l’odorat, l’aident à la reconnecter à son instinct, son être le plus enfoui. « J’ai co-écrit une chanson qui s’intitule Anthonio, avec Annie et Richard X. Je me souviens qu’au début de notre session d’enregistrements, Annie s’est emparée d’un après-rasage trouvé près de son bureau. L’odeur était infecte. Mais très vite, on s’est demandé quel genre de personne pouvait porter ce genre de truc. »  [Pour clarifier l’histoire, Hannah rappelle que Richard s’est évertué à prouver que la dite-bouteille ne lui appartenait pas]. « On s’est souvenus de nos amours de vacances et de cette discussion est née notre chanson : autour d’un amour de vacances retrouvé. » Un autre titre d’Annie, Songs Remind Me Of You, leur est venu en se remémorant l’odeur, le gout ou le toucher qu’on associe à l’écoute d’une chanson. Pour Fiona Bevan, qui a co-écrit le mémorable Little Things pour les One Direction, l’odorat est un sens inhérent à la création d’un morceau : « L’odeur est un phénomène très puissant – il suffit que je marche dans la rue, que je sente le parfum de quelqu’un pour qu’il me ramène instantanément en enfance ou plus fréquemment, en adolescence. C’est exactement la même sensation avec la musique. Un son en amène un autre et de fait, nous voyageons très rapidement dans un autre temps. Ce n’est pas de l’ordre de la logique, mais du sensible. »

Parfois, le métier de compositeur induit de prendre du recul sur sa propre vie pour mieux mettre en mots les émotions d’autrui. « De temps en temps, je travaille avec des musiciens si jeunes qu’ils traversent leur premier vrai chagrin d’amour. Pour être au plus près de leurs émotions, il s’agit donc de se replonger dans ses propres souvenirs et d’en faire ressurgir les sensations oubliées, rappelle Hannah. « Il m’arrive de composer des morceaux en puisant dans ma propre expérience, dans celle de mes proches, celle des artistes que je côtoie. Avec emphase, parfois. Le tout est d’obtenir une histoire intéressante à la fin. » 

Il existe de très grands compositeurs dont les chansons ne sont pas juste un prétexte à l’épanchement personnel. Tout le monde n’est pas obsédé par sa personne, comme moi adolescent. Mais écrire est aussi et surtout, le moyen de se mettre à la place des autres. « Je suis une grande observatrice, dans tous les sens du terme » déclare Anita Blay, aka Cocknbullkid, dont la plume a servi plus d’une fois Little Mix ou Neon Jungle. « Je passe le plus clair de mon temps à regarder les gens. C’est ma technique pour écrire. Quand j’écris avec ou pour d’autres artistes, je m’imprègne toujours de leur vécu, de leurs expériences. On devient vite psychologue. Souvent, quand on répète, je leur demande de me raconter ce qui se passe dans leur vie et la plupart du temps, tout le monde se prête au jeu des confidences. Le but, c’est de retranscrire du vécu en un morceau de quelques minutes. Quant à la compositrice australienne Leona Lewis et l’artiste Emmi, elles voient dans l’observation quotidienne un rouage essentiel à l’expérimentation artistique : « J’aime les films autobiographiques et les documentaires. J’essaie toujours de partir d’une histoire, une sensation, une idée, un embryon de relation entre deux personnes pour le retranscrire de manière fictionnelle. »

Il en va de même pour Bevan lorsqu’elle écrit pour les autres ou pour elle-même, sous son nom. « C’est difficile d’écrire avec quelqu’un qui a toujours été protégé. Le plus important est de parvenir à passer du personnel à l’universel. Si on bosse avec quelqu’un qui n’est jamais tombé amoureux, alors on écrira sans doute sur son apprentissage de l’amour. »

Ces derniers temps, l’authenticité est le mot qui revient dans la bouche de toute l’industrie de la musique. Les grandes maisons demandent à leurs artistes de rester authentiques, quand bien même leur marge de manœuvre est excessivement minime. Comment ces musiciens parviennent-ils à passer du scénario catastrophe à un tube pop et planétaire, par exemple ? « Si je me sens déconnectée du sujet, je dois en parler avec ceux pour qui j’écris, les asseoir à ma table, discuter autour d’un café, » explique Anita. « En général, on écrit la chanson avant de s’en apercevoir. La plupart des paroles que j’ai imaginées pendant les sessions d’enregistrement sont venues à la suite d’une conversation. C’est toujours un moment très agréable ». Pour Hanna, ces instants de grâce partagés peuvent également se produire sans rencontre préalable. « Si on ne s’est jamais rencontrés, je propose toujours quelque chose. Je le mets sur table et après, on en discute ensemble. Parfois pendant une demi-journée. C’est la charpente de notre futur morceau. Ensuite, quand la structure est là, il s’agit de trouver une mélodie qui lui corresponde. Je suis très heureuse de pouvoir partager mes expériences mais ceux pour qui j’écris les textes ont besoin de se sentir concerné par mon histoire. »

Durant ma (très) courte carrière de poète, j’ai retenu une chose essentielle, de Dawson Leery : pour écrire quelque chose de beau, de communicatif et d’universel, il faut arriver avec un certain état d’esprit. C’est la même chose lorsqu’on écrit pour les autres : il s‘agit de transmettre les flux d’énergie à quelqu’un qui n’est pas soi. La pire chose à faire, pour un compositeur, est de débarquer avec ses idées plaquées sur son expérience sans écouter celui qui est en face. « Je ne viens jamais avec des idées préconçues en studio, confie Emmi. Parfois, le chat de quelqu’un a fait un truc drôle, on en rit et on en fait un texte. Et voilà, c’est souvent les meilleures chansons. « Bien sûr, ça peut être très cérébral aussi, renchérit Hannah. Si je me concentre sur les énergies dans la pièce, je me reconnecte à mes souvenirs ainsi qu’à ceux des autres. Ça fait partie du boulot de transmettre quelque chose. Longtemps, j’ai cru qu’il fallait à tout prix débarquer avec une chanson en tête et couchée sur le papier. Et souvent, l’artiste arrivait avec tout autre chose en tête. Maintenant, je me nourris essentiellement de mes interactions avec les artistes. » 

Even my brief sojourn as a part-time poet, diarist and all-round Dawson Leery taught me that you have to be in the right mood and frame of mind to make beautiful, epoch-defining art. It turns out this is also the case when it comes to songwriting for others, an art-form that's all about reading energies. The worst thing a songwriter can do, for example, is waltz into a studio expecting to write a banger and be confronted with an artist who's in a ballad frame of mind. Or whose cat has just done something weird. “I barely walk into a studio with plans these days, says Emmi. “Sometimes someone’s cat can do something funny and we all laugh and someone says something quick witted and I write it down, and that’s the title of the song. They’re often the best ones. But sometimes it can be much more cerebral than that.” “Energy is important in the studio,” agrees Hannah, who takes on the role of studio hype woman. “If I dip in energy I can feel the artist dip too and vice versa. It’s part of my job to keep the ‘vibe going’ as it were. I used to make the mistake of preparing ideas for a certain type of song in a certain genre, but sometimes the artist would arrive with a completely different idea for how the sessions going to go. These days I usually start from scratch and feed off them.”

Ecrire pour les autres nécessite de nombreuses compétences. De l’empathie, de l’ouverture d’esprit aux sens et à l’instinct. Il faut parvenir à retranscrire ses propres émotions et celles de son voisin. Mais surtout, c’est un travail collaboratif. Donc, contrairement à mon ‘moi’ plus jeune, on s’abstient de remettre son ego sur la table. Et enfin, le plus important : noter les rimes qui viennent lors d’une séance shopping ou un date – quitte à passer pour un(e) dingue. « J’écris tout le temps, des ébauches de phrases, d’idées, de concepts, » explique Fiona. Les mots viennent souvent avec une image, je me demande quelle scène je jouerais si j’étais dans un film. Je suis très visuelle dans ma manière de concevoir l’écriture. » Anita, elle, maintient que son « téléphone est bourré de notes, de bouts de phrases, de titres, de paroles. Parfois, je me replonge dans ces notes pour en tirer un concept qui fait écho à un autre et ainsi de suite pour construire une chanson. » Emmi, elle, a pour habitude de reprendre quasiment mot pour mot les notes qu’elle écrit sur ton téléphone. « Les paroles me viennent comme des apparitions, si je ne les écris pas, elles s’envolent donc je m’enregistre dès que j’ai une idée en tête. Je suis sortie de mon bain pour écrire ce que j’avais en tête, un soir. » 

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